Réponse courte : le cahier des charges d’un atelier de menuiserie doit partir des machines, des capteurs et des scénarios de fonctionnement, puis décrire le réseau, le dépoussiérage, l’air de compensation, la réception et la maintenance. Une liste de débits maximaux ou un modèle d’aspirateur mobile ne dimensionnent pas une installation fixe.
L’INRS ED 6101 est destiné aux chefs d’entreprise souhaitant équiper un atelier d’une installation d’aspiration pour machines à bois fixes. Sa portée est celle d’une aide à la rédaction d’un cahier des charges de conception et de réception. AspiMatch s’en sert pour structurer les preuves à réunir, pas pour produire une note de calcul.
1. Écrire le périmètre de l’atelier
Le cahier des charges commence par un plan et un inventaire daté. Il doit identifier les zones de production, les circulations, les postes de nettoyage, les locaux techniques et les limites de propriété de l’installation. Les projets de réaménagement doivent distinguer les équipements conservés, déplacés, remplacés ou ajoutés.
Chaque machine fixe est décrite par sa référence, son usage, ses outils ou configurations influençant le captage et son ou ses dispositifs de captage. Une même machine peut disposer de plusieurs bouches. Les regrouper sous un diamètre unique efface une partie du besoin.
Le document doit aussi nommer les opérations hors production : réglage, changement d’outil, entretien, vidange, nettoyage et intervention sur le dépoussiéreur. La page INRS sur les poussières de bois inclut les personnels de maintenance et de nettoyage dans les personnes à former et protéger.
2. Constituer le dossier de chaque capteur
Pour chaque bouche, le cahier des charges doit fournir ou demander le besoin aéraulique applicable, le point où il est défini, la perte de charge du capteur et les conditions de fonctionnement. Lorsque le constructeur ne publie pas ces données, le manque doit être visible. Il ne faut pas le remplacer par une valeur issue d’une machine de même famille.
L’état du capteur existant doit être décrit : géométrie, réglage, ouvertures, traces de modification et accessibilité pour l’entretien. Une photographie aide au repérage, mais elle ne remplace ni le plan coté ni la mesure. Si le projet comprend la modification d’un capteur, les responsabilités de conception et de validation doivent être explicites.
Une exigence doit être vérifiable à la réception. « Bonne aspiration » n’est pas un critère mesurable. Le cahier des charges doit indiquer la grandeur, le point, la configuration et la tolérance qui seront effectivement contrôlés par les intervenants compétents.
3. Définir les scénarios de simultanéité
Le réseau doit répondre à des états de production réalistes. Le scénario n’est pas le nombre total de machines présentes, mais l’ensemble de celles pouvant fonctionner simultanément avec leurs bouches ouvertes. Les registres, automatismes et règles d’exploitation doivent correspondre à ce scénario.
Le dossier doit lister les scénarios normaux, les situations transitoires utiles et les états interdits. Pour chacun, il identifie les branches actives et la branche la plus défavorisée. Additionner tous les débits de catalogue peut surdimensionner un cas irréaliste ; ne retenir qu’une machine peut masquer un déficit pendant la production réelle.
Le guide plusieurs machines simultanées détaille cette séparation. AspiMatch ne calcule pas les pertes du réseau. La note de calcul doit rester attribuée, versionnée et liée aux scénarios qu’elle couvre.
4. Décrire le réseau sans réduire le projet aux diamètres
Le plan du réseau doit faire apparaître les branches, longueurs, changements de direction, singularités, organes de réglage, points de mesure et accès d’entretien. Les matériaux, assemblages et dispositifs de mise à la terre ou de liaison équipotentielle éventuels relèvent des prescriptions applicables au projet et de l’évaluation des risques.
Un diamètre ne suffit pas à définir une branche. La vitesse de transport, le débit, la perte de charge et le comportement des copeaux ou poussières dépendent de l’ensemble de la configuration. Le concepteur doit justifier ses choix dans la note de calcul. Le cahier des charges demande les hypothèses, les méthodes et les résultats nécessaires à la revue.
Les évolutions futures prévues doivent être distinguées des réserves hypothétiques. Ajouter une branche sans revoir la simultanéité et le ventilateur peut déplacer le point de fonctionnement de l’ensemble.
5. Spécifier le dépoussiérage et le rejet
Le séparateur, le dépoussiéreur, les filtres, la collecte et l’évacuation des déchets forment une chaîne. Le cahier des charges doit décrire les poussières et copeaux attendus sans supposer leur comportement à partir du seul mot « bois ». Les panneaux, colles, revêtements et autres matériaux travaillés doivent être inventoriés.
Les choix de filtration, de décolmatage, de stockage et de vidange doivent être documentés avec leurs conditions d’entretien. Un média filtrant neuf ne décrit pas automatiquement le fonctionnement après plusieurs cycles. Les indicateurs de colmatage, alarmes et moyens de surveillance prévus doivent être testables.
Le rejet ou le recyclage de l’air ne peut pas être décidé par la seule efficacité annoncée d’un filtre. Le projet doit examiner les exigences applicables, les polluants et le risque d’incendie ou d’explosion. AspiMatch ne produit pas ce verdict.
6. Prévoir l’air de compensation et l’environnement du poste
L’air extrait doit être compensé de manière maîtrisée. Le cahier des charges doit demander les conditions de température, de pression, de confort et de fonctionnement des autres ventilations. Une extraction qui met l’atelier en forte dépression peut perturber d’autres équipements et les conditions de captage.
L’implantation doit aussi considérer le bruit, les vibrations, les accès de maintenance et les circulations. L’installation doit pouvoir être inspectée sans imposer des démontages qui découragent les contrôles. Les portes, ouvrants et systèmes de chauffage utilisés pendant la réception doivent correspondre à une configuration de référence clairement décrite.
7. Ne pas traiter ATEX comme une case produit
La page INRS rappelle que les poussières de bois et les copeaux sont combustibles et que des poussières en suspension peuvent provoquer des explosions. Ce constat déclenche une évaluation dédiée. Il ne permet pas de déduire un zonage à partir du type d’atelier ni de choisir un matériel par simple étiquette.
Le cahier des charges doit indiquer qui réalise l’évaluation, quels produits et situations sont couverts et comment ses conclusions sont traduites dans la conception. Un changement de matière, de stockage ou de mode de nettoyage peut nécessiter une revue. Le guide poussières combustibles et ATEX explique pourquoi le moteur de présélection doit s’arrêter sur ce sujet.
8. Préparer la réception avant de commander
La réception ne se résume pas à constater que le ventilateur tourne. Le document INRS ED 6366 propose des méthodes pour les installations dotées de captages localisés. Le cahier des charges doit donc fixer les configurations, les points de mesure, les grandeurs, les instruments attendus et le format du rapport avant la consultation des entreprises.
Le programme peut comprendre une vérification documentaire, une inspection des capteurs et réseaux, des mesures aérauliques dans les scénarios retenus, l’essai des alarmes et automatismes, ainsi qu’une observation fonctionnelle. Le contrôle de l’exposition reste distinct. Une mesure de débit satisfaisante ne prouve pas à elle seule la maîtrise de l’exposition au poste.
Les écarts doivent être classés : donnée absente, défaut de réalisation, résultat hors critère ou configuration différente. La correction est ensuite tracée et, si nécessaire, mesurée à nouveau.
9. Exiger un dossier d’installation exploitable
Le focus INRS sur le contrôle des installations de ventilation décrit la notice d’instructions, les valeurs de référence, la consigne d’utilisation et le dossier de maintenance. Le cahier des charges doit prévoir leur remise dans un format que l’entreprise pourra mettre à jour.
Le dossier rassemble les plans conformes à l’exécution, les références, la note de calcul, les notices, les valeurs de réception, les points de mesure, les réglages et les procédures en cas de panne. Il identifie la version active et conserve l’historique des modifications.
Les valeurs de référence ne sont utiles que si l’on sait dans quelle configuration elles ont été mesurées. Le nombre de machines ouvertes, la position des registres, l’état des filtres et les conditions de l’atelier doivent accompagner les résultats.
10. Organiser les contrôles et modifications
Le même focus INRS précise que le dossier de maintenance conserve les dates et résultats des contrôles, les opérations d’entretien et les réglages ou aménagements. Le plan de maintenance doit donc relier chaque tâche à un responsable, une périodicité décidée dans le cadre applicable et une trace.
Une dérive par rapport aux valeurs de référence appelle une recherche de cause : filtre, obstruction, fuite, registre, ventilateur, capteur ou changement de réseau. Remettre un réglage en position sans comprendre la modification peut masquer un autre défaut.
Toute nouvelle machine doit repasser par l’inventaire, le scénario de simultanéité, la note de calcul et la réception du périmètre modifié. Le cahier des charges initial doit rendre cette évolution possible sans faire croire qu’une réserve physique constitue déjà une capacité aéraulique disponible.
Livrables à demander
- Plan de l’atelier et inventaire des machines et capteurs.
- Scénarios de simultanéité et logique des registres ou automatismes.
- Note de calcul attribuée, hypothèses et versions.
- Plans du réseau, du dépoussiérage, du rejet et de l’air de compensation.
- Analyse des risques et décisions hors périmètre du calcul aéraulique.
- Programme puis rapport de réception.
- Notice d’instructions, valeurs de référence et consigne d’utilisation.
- Plan de maintenance, points de contrôle et journal des modifications.
Le cahier des charges utile n’impose pas une solution par habitude. Il permet de comparer des offres sur le même périmètre, de vérifier la réalisation et de conserver une référence pour l’exploitation.